Analyse du Canon EF 135mm f/2.8 avec Softfocus : Un Outil Créatif Intemporel
Dans le vaste catalogue d'objectifs de la monture Canon EF, certaines références se distinguent non pas par leur performance brute, mais par leur caractère unique. Le Canon EF 135mm f/2.8 avec Softfocus, lancé en 1987 au tout début de l'ère EOS, est l'un de ces objectifs. Conçu comme un téléobjectif léger pour le portrait, il embarque une fonctionnalité quasi-unique : un mécanisme de contrôle de la douceur de l'image (soft focus). Loin d'être un simple gadget, cet outil offre des possibilités créatives distinctes qui, même à l'ère du tout numérique, conservent une pertinence certaine. Cette analyse se propose d'évaluer cet objectif de manière équilibrée, en examinant ses performances optiques, sa construction et, surtout, l'intérêt de sa fonction Softfocus pour le photographe contemporain.
Construction et Prise en Main
Fidèle aux standards de son époque, le 135mm f/2.8 SF présente une construction majoritairement en plastique de bonne qualité. S'il n'inspire pas la robustesse d'un objectif de la série L, il a pour lui un avantage considérable : son poids. Avec seulement 390 grammes sur la balance, il est remarquablement léger et compact pour un téléobjectif de 135mm ouvrant à f/2.8. Cette légèreté en fait un excellent compagnon de voyage ou pour de longues séances de portrait à main levée.
L'ergonomie est simple et efficace. La bague de mise au point manuelle est fluide et l'objectif dispose de la fonction de mise au point manuelle permanente (Full-Time Manual Focus), permettant des retouches précises même en mode autofocus. La caractéristique la plus notable est bien sûr la bague de contrôle du Softfocus, située à l'avant de l'objectif. Elle propose trois positions : 0 (netteté normale), 1 (effet doux modéré) et 2 (effet doux prononcé). Son maniement est aisé et permet de changer de rendu à la volée. Le diamètre de filtre de 52 mm, modeste et courant, est un autre atout, rendant l'achat de filtres (polarisants, ND) particulièrement abordable.
Performances Optiques et Autofocus
Lorsqu'il est utilisé en mode standard (position 0), le Canon EF 135mm f/2.8 se révèle être un objectif tout à fait compétent. Le piqué au centre est bon dès la pleine ouverture à f/2.8 et devient excellent en fermant d'un ou deux crans. Les coins sont légèrement en retrait à pleine ouverture mais s'améliorent rapidement. Pour un objectif conçu dans les années 80, sa performance en matière de netteté est tout à fait honorable et suffit amplement pour la plupart des applications de portrait.
Le bokeh, ou flou d'arrière-plan, est agréable à f/2.8, permettant un bon détachement du sujet. Cependant, son diaphragme à 6 lamelles produit des points lumineux de forme hexagonale lorsqu'on ferme l'ouverture, un trait caractéristique des optiques plus anciennes qui peut être perçu comme un charme vintage par certains ou comme une distraction par d'autres.
L'autofocus est assuré par un moteur Micro-USM. S'il est précis et relativement discret, il n'offre ni la vitesse ni le silence des moteurs annulaires USM ou STM plus modernes. Pour des sujets statiques ou posés comme en portrait, sa performance est tout à fait adéquate. En revanche, il montrera ses limites pour suivre des sujets en mouvement rapide. L'absence de stabilisation d'image est un point à considérer. À 135mm, le risque de flou de bougé est réel, imposant l'utilisation de vitesses d'obturation suffisamment élevées (idéalement 1/160s ou plus) ou le recours à un trépied. Cet inconvénient est toutefois atténué si l'objectif est monté, via un adaptateur, sur un boîtier hybride moderne doté d'une stabilisation de capteur (IBIS).
La Fonction Softfocus : Le Cœur de l'Objectif
La véritable raison d'être de cet objectif est son mécanisme de Softfocus. Il ne s'agit pas d'un simple flou, mais d'une manipulation contrôlée de l'aberration sphérique. Concrètement, l'objectif superpose une image légèrement floue à une image nette, créant un halo lumineux et une douceur diffuse, particulièrement visibles autour des hautes lumières et des contours. Cet effet est purement optique et possède une signature que les filtres numériques peinent à reproduire avec la même subtilité.
- Position 1 : Offre un effet modéré, idéal pour adoucir subtilement les traits d'un visage en portrait, réduire les imperfections de la peau et créer une atmosphère romantique et flatteuse.
- Position 2 : Produit un effet beaucoup plus prononcé, quasi onirique, qui peut être utilisé pour des projets artistiques, des photos de type "glamour" ou pour créer une ambiance éthérée dans des scènes de nature.
Il est crucial de noter que l'intensité de l'effet Softfocus est directement liée à l'ouverture du diaphragme. L'effet est maximal à f/2.8 et s'estompe progressivement à mesure que l'on ferme, pour devenir quasi inexistant au-delà de f/8. Cette interaction entre ouverture et douceur offre une palette de contrôle créatif très intéressante pour le photographe.
Conclusion : Pour Qui et Pour Quel Usage ?
Le Canon EF 135mm f/2.8 avec Softfocus n'est pas un objectif à tout faire. C'est un outil de niche, un instrument créatif qui s'adresse à un public spécifique. Il excelle dans les domaines où une esthétique douce et flatteuse est recherchée.
Il est particulièrement recommandé pour :
- Le portrait : C'est son terrain de jeu de prédilection. Du portrait de mariage au style glamour, il permet d'obtenir un rendu flatteur et poétique directement à la prise de vue, réduisant le besoin de retouches complexes.
- La photographie artistique : Pour les natures mortes, la photographie florale ou même certains paysages, l'effet Softfocus peut transformer une scène ordinaire en une image onirique et picturale.
- Les photographes appréciant les effets optiques : À l'heure où tout est réalisable en post-production, cet objectif offre le plaisir d'un effet authentique, créé par la lumière traversant le verre.
En résumé, le Canon EF 135mm f/2.8 SF est un objectif à double visage. D'un côté, un téléobjectif 135mm compact, léger et optiquement solide pour son âge. De l'autre, un formidable outil créatif grâce à sa fonction Softfocus unique. Ses faiblesses, comme son autofocus daté et l'absence de stabilisation, sont réelles mais largement compensées par son caractère unique et son prix souvent très attractif sur le marché de l'occasion. Il représente une porte d'entrée fascinante et abordable vers une photographie de portrait plus stylisée et personnelle.